Seul le prononcé fait foi

“Je voudrais corriger d’abord l’intitulé de cette commémoration.
En effet, chargés que nous sommes pour faire vivre quotidiennement notre beau village, l’invitation pour le 8 mai est copiée/collée depuis plusieurs années, du moins j’en ai trouvé trace jusqu’en 2012.
Sur cette dernière il était indiqué « armistice ». Nous avons corrigé cela. Merci à la perspicacité de Guy Demichel ou encore de Réginald Kann.
En effet, il n’y a pas eu d’armistice le 8 mais 1945 mais une capitulation sans conditions de l’Allemagne nazie.
En réalité la capitulation a été signée le 7 mai à Reims mais Staline, très contrarié, a exigé une signature à Berlin qui a eu lieu le 8 mai.
L’armistice est une décision politique, la capitulation une décision militaire. Ce n’est effectivement pas de même nature.

Cependant, ce qui nous préoccupe encore plus aujourd’hui, c’est d’entendre des voix qui remettent en cause ce jour ferié et cette commémoration du 8 mai.

Ce fut déjà le cas entre 1975 et 1981. Valéry Giscard d’Estaing l’avait supprimée, et François Mitterrand l’a rétablie.

Bref, le débat des jours feriés en France est relancé et nous invite à nous interroger sur les commémorations patriotiques ou les fêtes catholiques.

Comme souvent, ce débat est maladroit et les solutions proposées inquiètent le monde combattant, la mémoire nationale, ou préoccupent les instances religieuses.

Les commémorations font appel à notre mémoire pour éclairer notre conscience et notre avenir.

Elles invitent à ne pas banaliser les actes du passé que nous condamnons.

Le 29 avril dernier, je me trouvais comme chaque année à l’hommage aux victimes de la Déportation, à Limours.
Une invitation largement diffusée aux maires et pourtant nous n’étions que deux maires présents. De notre village, Pierre Pruneta et Hélène Baumann étaient aussi présents.
Qu’à cela ne tienne.
Plus nous serons seuls et plus nous crierons fort.
Dès l’an prochain, nous vous inviterons nombreux et nous déposerons une gerbe au nom de la commune des Molières.
Pour le reste, entendre que nous aurions à arbitrer entre le 8 mai ou le 11 novembre pour rassembler en un même jour la mémoire de toutes les guerres me pose un problème de fond.
Cela concentrerait l’Histoire des guerres en un même jour et ne permettrait pas facilement d’évoquer ce qu’elles nous enseignent de positif, sur notre résilience, et comment nous pouvons nous surpasser humainement pour nous reconstruire.
Depuis 2014, chaque année le 8 mai, nous évoquons ici le programme du Conseil National de la Résistance. Pourquoi ?
Parce que ses propositions et ce qui a été en partie réalisé par les ordonnances du gouvernement provisoire entre août 1944 et octobre 1945, ont constitué le programme politique le plus solidaire que nous n’ayons jamais eu, et ont posé les conditions du progrès.
Chaque fois que nous nous écartons de ce chemin tracé par nos aînés, nous creusons le tombeau à moyen terme de notre République, pour ce que l’économie libérale cherche à gagner à court terme.
Tout le temps nous nous en écartons, de ce chemin, et nous nous en sommes écartés encore depuis un an.
Mais plus nous serons seuls et plus nous crierons fort.
Alors, je rappelle :
Le programme du Conseil National de la Résistance nous invitait à « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ».
De même, il proclamait le « retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ».
Le programme du Conseil National de la Résistance soutenait « le développement (…) des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ».
Il proposait « le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie. »
Il instaurait « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence (…) ».
Le Conseil National de la Résistance avait bien compris que le développement d’une oligarchie économique porterait atteinte à notre liberté, notre épanouissement, notre bonheur.
Dans le même esprit, le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 inscrivait dans le marbre :
« Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et libertés de l’homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République. »
Ce préambule instituait aussi que « tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises. »
Il faisait enfin la promesse suivante : « la Nation garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. »
Voilà, si nous devions supprimer le 8 mai au profit du 11 novembre, je proposerai qu’aux Molières nous choisissions une date pour commémorer le programme du Conseil National de la Résistance, sa mise en œuvre dans le passé et dans le futur.
Car plus nous serons seuls et plus nous crierons fort.
Voilà pour le problème de fond.
Pour ce qui est de la forme, ou presque, il paraîtrait que nous avons trop de jours feriés. Pourquoi pas. Enlevons encore quelques droits et rémunérations aux salariés.
Que chacun participe à l’effort… Quand dans le même temps des dividendes indécents sont encaissés par les actionnaires, quand dans le même temps on ne vous impose plus pour la fortune.
Voilà comment la forme rejoint le fond.
On vous persuade du bon sens pour vous enlever des droits et de la rémunération. On vous met le nez sur le statut des cheminots ou les conditions d’asile des réfugiés. Tout le monde tourne la tête d’un côté pendant que quelques-uns se gavent de l’autre.
Le cynisme des rois n’a d’égal que la paresse de leurs sujets.
Alors, ouvrons les yeux et soyons fiers de ce que nous produisons, du fruit de notre travail.
Faisons que ce produit et cette richesse nous profitent réellement et collectivement.
Construisons ensemble les « Jours Heureux ».”

    

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Yvan Lubraneski

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